Quel Tourisme pour le Trièves ?

Depuis 2009 est engagée sur le Trièves une démarche de développement d’une forme particulière du tourisme, dite écotourisme. 

Quelle en est la définition ? Quelles valeurs porte-t-elle ? Quelles valeurs doit-on éventuellement lui ajouter ? Quels bénéfices peut en retirer le Trièves ?

L’Organisation Mondiale du Tourisme définit ainsi l’écotourisme : « Au delà de l’appréciation et de l’observation de la nature, l’écotourisme implique de la part du tour-opérateur et de ses clients, un certain degré de responsabilisation par rapport à la destination visitée, un respect des sites et des cultures locales, un engagement, une implication personnelle qui vise à minimiser l’impact des visites, à maximiser les retombées financières locales et à contribuer à la conservation et au développement durable de la région visitée« .   

Au sein de la commission écotourisme que nous avons créé au Syndicat national des accompagnateurs en montagne, nous avons souhaité préciser cette définition :

"L’écotourisme englobe les principes du tourisme durable en ce qui concerne les impacts de cette activité sur l’économie, la société et l’environnement et [...] comprend les principes particuliers suivants qui le distinguent de la notion plus large de tourisme durable :

  •  il contribue activement à la protection du patrimoine naturel et culturel,
  •  il inclut les populations locales dans sa planification, son développement et son exploitation, contribue à leur bien-être, et encourage leur participation,
  • il propose aux visiteurs une interprétation du patrimoine naturel et culturel,
  • et il se prête mieux à la pratique du voyage en individuel ainsi qu’aux voyages organisés pour de « petits groupes »".

La première définition est l’expression de la vision d’un opérateur touristique (le marché), conscient que son activité pourrait avoir des impacts négatifs sur le territoire, et fait la promesse d’y porter attention.La seconde est l’expression d’un tourisme maîtrisé, proposé par les acteurs (logique de territoire). Elles procèdent de deux logiques, l’une dite descendante, et l’autre ascendante. On les retrouve dans tous les champs de la gouvernance…

 

L’approche territoriale de l’écotourisme

 

Rappelons que la définition d’un touriste, que nous préférons appeler visiteur, est simplement une personne qui passe une nuit en dehors de chez elle. On parle ainsi de tourisme d’affaire, de proximité, familial, etc., quelque soit la durée du séjour, l’intermédiaire choisi, l’argent dépensé, l’utilisation d’un lit dit marchand, ou gratuit (famille par exemple).D’une manière très synthétique, on peut ainsi énoncer les grandes lignes d’un écotourisme souhaitable :  

1/ Minimiser les nuisances, par un tourisme diffus et intégré, c’est-à-dire peu consommateur de ressources primaires ; on peut citer :  

  • l’eau  
  • les énergies  
  • les affectations du sol (infrastructures dédiées)  
  • les impacts sur les paysages  

2/ Minimiser les investissements, au regard des retombées attendues  

3/ Maximiser les bienfaits : l’écotourisme doit être pensé comme levier d’opportunité pour :  

> améliorer les infrastructures existantes, nécessaires à la vie des habitants, en en créant le moins possible qui soient dédiées spécifiquement au tourisme  

> améliorer les dessertes, transports collectifs, à la demande, partagés, etc., en favorisant les mobilités douces (ne pas surcharger les voies de communication, respecter l‘environnement et la tranquillité des espaces ruraux, réduire nos émissions de gaz à effet de serre…).  

> Améliorer le niveau de vie de certaines personnes, certains secteurs d’activités, avant de chercher à créer des emplois 100% dépendants du tourisme. Toutes les productions locales sont concernées : agricoles, culturelles, celles des artisans, etc. Le but est que les retombées économiques concernent le plus grand nombre d’acteurs possible,  

> Valoriser le territoire, sous tous ses aspects, aux yeux de ses habitants.  

D’une manière ou d’une autre, tous ces éléments contribuent à l’amélioration du lien social.  

Notons que les retombées du tourisme sont toujours à la fois plus importantes et plus larges que ce que l’on suppose. En Trièves, les indicateurs économiques liés au tourisme font totalement défaut, et c’est bien dommage. L’attention des décideurs, et les moyens mis en oeuvre (qualitatifs et quantitatifs) sont en général en rapport avec le poids du secteur concerné ; encore faut-il le mesurer.

  

Choisir son tourisme, c’est choisir ses visiteurs  

 

Les éléments ci-dessus impliquent la maîtrise de la production touristique par les habitants et les acteurs, au sens large ; le renforcement de cette intelligence collective, de cette forme d’organisation nécessite d’envisager un soutien financier et technique (formation, animation, mise en réseau, conseil,…). Ces financements existent.  

Seule une organisation du tourisme à l’échelle du territoire de type participative permet de faire éclore la richesse et l’originalité d’une offre touristique en adéquation avec les aspirations et toutes les potentialités du Trièves.  

Le marketing de la demande, c’est-à-dire l’adaptation de l’offre à la supposée demande du marché (comme si elle était unique et facilement cernable), est encore trop souvent le modèle suivi. Il est évident que, pour nous, la première demande qu’il faut prendre en compte, c’est d’abord celle du territoire et de ses acteurs. Une offre claire, originale, qualitative, et bien diffusée rencontrera son public, celui dont les attentes seront en accord avec les valeurs du territoire d’accueil.  

La spécificité de notre attractivité, c’est, comme disent les experts, un tourisme à très forte  valeur ajoutée immatérielle. Celle des savoir-faire (novateurs comme traditionnels, nombreux sur le Trièves), mais aussi, ce que l’on mesure souvent moins, des savoir-être, par exemple les valeurs comme le partage, la solidarité, très fortes aussi sur le Trièves. De plus en plus, les visiteurs s’intéressent à ce qui fait la vie du territoire qui les accueille ; dans le choix de sa destination, le candidat sera sensible aux expérimentations, à la possibilité de rencontrer ceux qui vivent là, et qui attend d’être reçu « en personne », et non pas comme un mouton de plus à tondre. Lors de la fête de la Transition, des personnes de toute la France sont venues en Trièves se rencontrer, réfléchir ensemble, construire de leurs mains des fours solaires, se faire expliquer les énergies renouvelables, etc., et sont reparties comme autant d’excellents ambassadeurs du Trièves. Et ceci n’est qu’un exemple de ce qui existe déjà.  

La dimension pédagogique est la composante souvent éludée de l’écotourisme ; alors que nous avons tout ce qu’il faut en Trièves pour croiser les thématiques (compétences et volontés). Il s’agit d’un tourisme d’échange plus que de simple consommation (des paysages, des infrastructures et de l’espace public).  

La taille et les ressources du Trièves sont adaptées à un tourisme quasi individualisé, à l’opposé de la recherche d’un grand nombre de touristes.  

Le tourisme doit participer à la maîtrise collective du destin du territoire, rejoignant en ceci les valeurs et recommandations de l’agenda 21 (développement durable). 

 

En résumé, nous dirons que ce n’est pas au tourisme d’exploiter le territoire, mais bien l’inverse !  

 

Pascal Lluch pascal@randopays.com  

Accompagnateur en montagne (38710 – Saint Jean d’Hérans)  

Vice-président de Voyageurs et Voyagistes Ecoresponsables (association nationale)

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