Interview de Lahcen, guide-accompagnateur marocain de trekking

Questions établies et propos recueillis par Jean-Pierre Lamic

 

 

Bonjour Lahcen, tu es guide de voyages aventure au Maroc, depuis combien de temps ?

 

Je suis guide depuis 13 ans Après des études de géologue, je suis rentré au Centre de formation aux  métiers de montagne où après une année  de formation, j'ai obtenu mon diplôme de guide.

Aujourd'hui les guides au Maroc ne sont plus formés de cette manière. Peux-tu nous dire comment et ce que tu en penses ?

 

La formation actuelle au Centre de Tabant a baissé en qualité car les critères de sélection sont moins rigoureux, les passe-droits fréquents et les formateurs moins compétents. Un autre problème se pose depuis quelques années : viennent en formation des personnes qui ne sont pas issues des zones rurales, ce qui n'est pas sans poser des problèmes tant au niveau des contacts avec les populations locales que sur la connaissance de la montagne ou du désert.

 

 

Selon toi, quels sont les principaux points à améliorer au Maroc pour l'organisation des voyages aventure ?

 

La première priorité est l'amélioration de l'hébergement rural. Pour cela il faut aider les populations locales à développer des microprojets (gîtes, table d'hôte, achat de mules, etc.)  Cela permettrait aux populations locales d'être les acteurs de ce tourisme d'aventure. Cette implication directe inciterait les populations à une meilleure gestion de l'environnement.

 

 

Que penses-tu des lodges tenus par des étrangers qui s'implantent au cœur de l'Atlas ?

 

Rien de bien positif pour plusieurs raisons. Ces 'éco'-lodges tenus par des étrangers ne permettent pas un véritable échange avec les populations locales ; ce sont deux mondes qui se croisent sans jamais se côtoyer. Mais surtout, les populations locales sont totalement écartées du développement économique, alors que les montagnes de l'Atlas et leurs populations sont le principal attrait de ce tourisme de montagne.

 

Il faut savoir que 90% de la population rurale vit en dessous du seuil de pauvreté. Il vaudrait mieux aider les populations locales à améliorer leur habitat pour accueillir les vacanciers, afin de leur permettre d'être les véritables acteurs économiques de ce tourisme de montagne ; et l'authenticité sera au rendez-vous.

 

À signaler aussi que ces lodges consomment souvent plus d'énergie et d'eau que les villages environnants, qui sont démunis de tout.

 

 

Des hôtels ou campements de luxe qui s'installent aux portes du désert ?

 

Tout simplement une hérésie ! Installer des camps de luxe avec toilettes et douches qui consomment des quantités phénoménales d'eau, avec une débauche de nourriture, des soirées copieusement arrosées d'alcool, avec la musique à tue tête, sous les yeux incrédules des locaux... où est le respect ?... Quand on sait que l'eau est  une denrée rare et vitale pour les locaux, qu'ils ont à peine de quoi arroser leur petite parcelle pour récolter de quoi ne pas mourir de faim.

 

Et je ne parle pas de ces hôtels de luxe avec piscines aux portes du désert... C'est non seulement indécent, et fait au mépris de tout respect de la culture et des traditions des populations locales.

 

 

Pourquoi travailles tu aujourd'hui en tant que réceptif avec une agence française, ayant adhéré à V.V.E ?

 

D'abord parce que j'ai eu le « feeling » avec la personne qui s'est occupée de ce partenariat. Ensuite parce que j'ai senti au sein de cette agence l'envie de faire découvrir mon pays de façon authentique et avec respect. Enfin, grâce à celle-ci et quelques autres partenaires, je peux mener des actions concrètes de développement à travers mon association. En effet je reverse un pourcentage du bénéfice réalisé par mon agence de voyage à l'association, ce qui me permet de construire des écoles et aider à la scolarisation d'enfants semi-nomades de ma vallée ; sans oublier des microprojets pour aider à l'amélioration de la vie quotidienne des habitants de la vallée. Le but est aussi  le développement d'un tourisme rural authentique, dont les habitants seront les premiers bénéficiaires, mais aussi les touristes.

 

Lahcen AGOUJIL

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