Les maires des communes de Vanoise veulent tuer le Parc National : Lettre ouverte de Jean-Pierre Lamic aux élus de Vanoise

Avant que les Conseils municipaux des 27 communes concernées par l'adhésion à la charte du Parc National de la Vanoise ne se prononcent définitivement sur leur choix : adhésion ou rejet, nous republions cet article écrit il y a 2 ans au moment des débats très agités ayant conduit au rejet, puis à la réécriture de la charte soumise maintenant à l'approbation des élus.


Charte, dont les termes ont été adoptés lors d'un vote où les élus se sont arrangés pour ne pas être présents (contrairement aux objectifs de la loi de 2006), pour la laisser passer en l'état sans avoir à se prononcer.... Saluons à sa valeur ce "courage" politique.


Messieurs, Mesdames les Maires des communes de Vanoise

 

Ce petit texte, est tout simplement de moi, membre d’un seul parti, celui de la joie, du bonheur, de la beauté des humains et de la nature, du respect de notre patrimoine –  celui de mes origines (dans les Cévennes) et le vôtre (ici en Vanoise).

 

Ce texte ne se veut pas polémique, juste citoyen. Ce texte est celui d’un citoyen concerné par des décisions que l’on essaye de prendre sans lui, sans nous, sans les principaux intéressés : les utilisateurs, en fonction de vos obscurs intérêts.

Ce texte est celui d’un accompagnateur en montagne, partenaire naturel des parcs nationaux et régionaux, dans le cadre de sa profession.

Petit historique :

Le Parc de la Vanoise est le premier parc national créé en France. Il date de 1963.

En 1963, Il n’y avait plus de vautours dans les Cévennes, mes ancêtres les avaient massacrés à coups de bâtons par peur qu’ils n’emportent les enfants et les brebis dans leurs serres….

Or, le vautour est un charognard et ne chasse pas ! La principale conséquence sur le territoire fut que pendant des décennies les Cévenols ont bu des eaux polluées par les carcasses des brebis jetées dans les gouffres.

Il n’y avait plus grand-chose d’ailleurs, dans nos montagnes cévenoles, tout comme ici en Vanoise : 60 malheureux bouquetins, quelques marmottes et chamois…

Et puis, en 1963, dans les Cévennes, les paysans abandonnaient leurs terres, ne pouvant plus vivre, ici aussi. La forêt a remplacé les champs, les sentiers et les magnifiques terrasses construites depuis plus de 1 000 ans ont été dévorés par les ronces, ici, aussi.

Une différence : Les ronces et les pins poussent partout dans les Cévennes, ici, l’altitude préserve nos pelouses d’alpages, nos pierriers, nos glaciers, au dessus de la limite supérieure de la forêt.

Au dessus de cette altitude de 2100 mètres environ (sans cesse repoussée par le réchauffement climatique), on a créé en 1963 le Parc National de la Vanoise.

A l’époque, il n’existait que peu de stations de ski : Peisey Nancroix, Tignes, Pralognan, Courchevel.

Toutes les autres : Les Arcs, La Plagne, Méribel, Montchavin, etc. sont postérieures à la création du Parc, qui n’a donc pas empêché le développement des stations, contrairement à ce que l’on entend souvent.

Le glacier de la Grande Motte à Tignes, faisait initialement partie de la zone centrale du Parc.

Ce qui n’a pas empêché Tignes d’y installer des remontées en échange de la Réserve de la Grande Sassière - ni d’installer des remontées sur le glacier du Pissaillas à Val d’Isère, lui aussi en zone centrale. Glacier ayant totalement disparu aujourd’hui, pour avoir supporté pendant des années l’épandage de sel au pied des piquets de slalom et le raclage de la couche de neige le protégeant en été.

Pendant ce temps, les habitants de Bonneval buvaient de l’eau salée…

En 30 ans, pour les mêmes raisons, le glacier de Tignes a perdu 30 mètres environ d’épaisseur.

Pendant ces 30 ans, j’ai sillonné le cœur du parc national, à pied, en ski de randonnée, en raquettes, et à vélo dans la zone périphérique. J’ai accompagné en toute liberté des dizaines de séjours, emmené des centaines de clients, joué le rôle de médiateur qui incombe à l’accompagnateur pour leur faire aimer ce territoire, les faire revenir.

Qui m’en a empêché ? Personne.

Je reviens de Lanzarote. Là-bas il y a aussi un parc national. Aucun chemin n'est autorisé, il est interdit de marcher à l’intérieur. Pourtant, ce qu’il y a à protéger, ce n’est que de la lave, des lichens, et quelques insectes.  A la prochaine éruption, les biotopes seront reconstruits, quoi qu’il advienne.

On a construit en plein cœur du parc, une route.  l’entrée est payante, puis vous montez dans un bus, qui sillonne cette route. Aucun arrêt. Les photos se font depuis votre siège derrière les vitres.

L’autre possibilité, c’est de poser ses fesses sur un dromadaire au milieu d’une meute de touristes.

Voilà. C’est une autre conception des parcs nationaux. Chez nous, nous sommes libres depuis 50 ans d’utiliser cet espace, et d’y accueillir ceux qui nous font tous vivre : les touristes.

Des touristes qui aiment la nature, le patrimoine, les cultures, les beaux paysages, la faune, la flore, et qui payent, parfois cher, pour les découvrir !

Nos enfants sont libres de découvrir ce livre ouvert sur le monde qui les entoure, ils peuvent y observer des espèces réintroduites ou revenues d’elles même. Les enfants de l’école de Peisey Nancroix, attribuent chaque année un nom au Gypaèton né des amours de ses parents.


Cœur de Parc et aire d'adhésion

Le Parc National était composé, jusqu’en 2006, d’une zone centrale (devenue cœur de parc), et d’une zone périphérique (devenue aire d’adhésion), dans laquelle se trouvent aujourd’hui toutes les plus grandes stations de ski du monde (8 millions de touristes/ an) !

Le député Giran (UMP)  a fait voter une nouvelle loi en 2006 pour donner une nouvelle gouvernance, et impliquer beaucoup plus les élus et les communes dans les prises de décisions concernant les zones protégées. Il s’agissait :

- d’établir un véritable projet de territoire, établi en concertation,

- de répondre à l’une des critiques principales faite au Parc, celle d’être déconnecté des habitants.

Et, par conséquent, de répondre à une demande des élus locaux, dont vous êtes l’un des représentants…


L’aire d’adhésion créée, s’appelle ainsi car elle implique que les communes adhèrent  à la charte du Parc National, élaborée conjointement avec les élus locaux, les acteurs du territoire, de nombreuses associations, divers organismes, le Parc National et différents services de l’Etat.

Elle a demandé 3 ans de travail et a déjà été largement édulcorée sous la pression des élus des communes concernées, dont vous faites partie. Combien a-t-elle déjà coûté au contribuable ?


Aujourd’hui :

Après avoir été soumise, conformément aux exigences démocratiques, à enquête publique, permettant (en théorie) à chacun de s’exprimer pour proposer d’éventuelles critiques et des améliorations, il s'agit pour chaque commune d'adhérer ou non à ladite charte.


Or, depuis le début des débats, on essaye d’alimenter une opposition idiote entre les POUR, supposément écologistes, et les AUTRES, les habitants... Mais beaucoup d'habitants sont aussi pour ! notamment dans les proches vallées alentour.


Désolé, je suis POUR et HABITANT, et n’ai jamais appartenu à aucun parti. Je suis juste un homme libre qui a envie de le rester ! Et en tant qu’homme libre ne vous attribue aucun droit à décider à ma place, sans tenir compte de mon avis de citoyen, ni de celui de tous les citoyens concernés par votre décision, dont une large partie sont ceux qui nous font vivre directement : les utilisateurs (randonneurs, enfants des classes découvertes, etc).


Que dit la Charte ?

Elle commence par : « Dans l’aire d’adhésion, les élus gardent toutes leurs compétences et leurs capacités d’initiative. Les orientations ont pour but de fixer la direction à prendre et les mesures pour inviter les acteurs locaux à réaliser des projets et des actions ensemble, définies en concertation.

Les orientations pour l’aire d’adhésion traduisent le projet de territoire porté par les acteurs de la charte en solidarité et en complémentarité avec les objectifs définis pour le cœur du Parc National ».

« Le Projet de Territoire repose, dans sa conception comme pour sa réalisation sur un principe de partenariat entre l’établissement public du Parc  National et les communes adhérentes, partenariat qui est susceptible d’être élargi à d’autres acteurs, comme les intercommunalités, des organisations socioprofessionnelles (Le Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne ou le Syndicat National des Moniteurs de Ski Français, par ex) ou des associations. »


Fichtre ! Le danger est grand de voir le Parc coloniser nos territoires, comme vous en colportez la rumeur, jusque dans les offices de tourisme, dont la vocation est pourtant toute autre ! Ce texte constitue plus une reculade par rapport à l’existant, que l’inverse !

On y lit par ailleurs « La notoriété nationale et internationale du Parc National de la Vanoise offre une valeur ajoutée à l’économie locale. Elle se veut porteuse de sens et de valeurs. Les acteurs économiques et les collectivités pourront s’y référer et en tirer bénéfice dès lors que leurs activités en respectent les fondements. »

Combien paye-t-on, avec nos impôts, des organismes privés pour faire la promotion de notre territoire ?

Quelle est la valeur ajoutée de cette notoriété, acquise après 50 années d’efforts et de communication ?

C'est pourtant à cette notoriété justifiée que votre position s'attaque directement...


La charte comporte ensuite toute une liste « d’orientations » qui ne sont qu’une succession d’actions relevant d’un bon sens, que j’espère partagé par une large majorité !

« Pérenniser  la fonction économique de l’agriculture et du pastoralisme et lui reconnaître ses différents apports au territoire – encourager et accompagner la création de valeur ajoutée – développer le potentiel économique et social de la forêt et de la filière bois, tout en préservant la biodiversité forestière. »


En clair, j’ai bien cherché, mais je n’ai toujours pas trouvé le gendarme dont vous nous parlez. Le chiffon rouge que vous agitez dans le but de jouer sur les peurs d’un peuple qui ne cherche pas à vérifier vos dires!


Une réussite micro-économique à prendre en exemple

Aujourd’hui, les Cévennes, qui n’ont pas eu la « chance » de pouvoir vivre d’un quelconque or blanc, noir ou vert, revivent grâce, notamment au Parc National, au parc naturel des Grands Causses, etc.

Ces parcs qui savent redonner à des territoires en déshérence une identité. Qui savent inciter une multitude d’acteurs à se mobiliser ENSEMBLE.

Dans  les Cévennes, on a restauré des bâtisses, créé des gîtes, remonté des terrasses, replanté des vergers, fait revivre le transport par ânes bâtés, etc. Et créé une offre touristique qui permet une réelle économie au niveau local en de nombreux endroits, notamment grâce à  la réintroduction du vautour fauve, qui, en outre, a assaini l’eau potable des habitants !


Cette micro-économie ne produit pas de l’argent qui repart chez les multinationales, les gros TO, ou participe au développement du Parc Asterix, comme en Vanoise ! Mais, de l’argent qui permet aux Cévenols de vivre chez eux !

Un tourisme porté par de nombreux accompagnateurs en montagne, des guides du patrimoine, des Brevet d’Etat eaux vives, VTT, spéléo, escalade, etc.…


Alors, Monsieur le Maire, que vous soyez personnellement pour ou contre le projet de charte du Parc National de la Vanoise, m’importe peu ! Mais votre devoir d’élu est de respecter la démocratie qui vous a porté là où vous êtes.

En marge de cette question qui nous divise,  l’enjeu est aujourd’hui de créer une nouvelle démocratie locale, fondée sur l’acceptation de l’autre, des avis divergents, de l’intérêt général plutôt que des intérêts particuliers ; du respect de soi et de notre environnement, qu’il soit humain ou naturel.


Ce courrier est et sera diffusé sur de nombreux médias nationaux.

Notre association diffusera, en outre, largement, le nom des communes qui signeront et ne signeront pas la charte, afin que les 3 500 utilisateurs que nous représentons, et d'autres, puissent choisir en toute connaissance de cause leur prochaine destination, été, comme hiver...


Veuillez agréer Madame, Monsieur le Maire, mes sincères salutations


Jean-Pierre Lamic, auteur de Tourisme durable, utopie ou réalité ? L’Harmattan – 2008 et de Sports d’hiver durables, les pistes du possible Le Souffle d’Or – 2010 ; Accompagnateur en montagne et moniteur de ski.

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