La course aux petits prix tue la planète

Par Bruno Fay et Stéphane Reynaud   LE MONDE | 11.12.09

D’un côté, il y aurait les bons, entendez les pays développés engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique : l’Union européenne, les Etats-Unis depuis peu. De l’autre, les renégats : la Chine, l’Inde et les Etats dits salissants, accusés de tous les maux. Une vision du monde simpliste qui passe à côté de l’essentiel : l’Inde et la Chine émettent des gaz à effet de serre pour fabriquer nos jouets, pour cultiver nos légumes. La course aux bas coûts, la folie low cost, ne délocalise pas seulement les emplois. Elle délocalise aussi nos propres pollutions.

Les exportations alimentaires de la Chine vers la France ont augmenté de 44 % entre 2005 et 2007. En 2008, la France a importé 411 millions d’euros d’aliments chinois. Une asperge sur deux vendue dans l’Hexagone est « made in China », car quatre fois moins chère à produire du côté de Shenzen que sur les rives de la Méditerranée. En deux ans, les importations de meubles chinois ont bondi de 54 %.

Drapés dans notre bonne conscience, nous refusons de voir que nous sommes les premiers producteurs de CO2 en nous ruant sur les étalages de tee-shirts à 2 euros, en achetant des tomates à 1 euro le kilo ou en prenant l’avion pour passer des vacances à Saint-Domingue à 299 euros la semaine.

Nous sommes entrés dans une spirale de consommation hystérique. Pour répondre à nos besoins, les entreprises ont délocalisé leur production. Et tant pis si cette production à bas coût est polluante, puisqu’elle pollue loin. Au début de l’année, Gao Li, un responsable chinois du dossier « changement climatique » proposait qu’une partie des émissions de CO2 de son pays soit créditée au bilan des pays riches. Une bonne idée quand on sait que la moitié de la hausse des émissions de gaz carbonique liées aux exportations chinoises est à mettre au crédit des pays développés.

Le consommateur low cost, paradoxalement présenté comme un « consommateur intelligent », préfère ne pas se poser de questions. Est-il raisonnable qu’un jean bon marché parcoure en moyenne 70 000 km avant d’être vendu à Paris ou à Limoges ?

Doit-on accepter que la production d’une tomate marocaine, du côté d’Agadir, entraîne l’assèchement des nappes phréatiques locales et des bouleversements irréversibles sur le milieu naturel ? Peut-on encore s’exalter devant le film Home, de Yann Arthus-Bertrand, tout en faisant ses courses dans les magasins discount ?

Nous préférons croire à la magie low cost, imaginer qu’il est possible de produire la même voiture ou la même robe pour un coût dix fois moins élevé sans impact supplémentaire sur l’état de la planète. En vérité, le miracle low cost n’est qu’un mirage. Le consommateur à bas coût est le premier responsable du réchauffement climatique, incapable de voir que son comportement est suicidaire.

Le sommet de Copenhague sera une réussite s’il parvient enfin à dénoncer l’hypocrisie des pays développés. Cessons les grands discours moralistes et agissons en refusant le phénomène low cost écologiquement indéfendable. Devenons, pour le coup, des vrais « consommateurs intelligents » !

 

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