Symposium international sur le développement durable du tourisme

Bilan du sommet international du tourisme durable à Québec.

  

À la fin du sommet international de l’écotourisme à Québec en 2002, plusieurs scientifiques s’étaient inquiétés de l’approche économiste de ce sommet (Breton, 2002).

Bien que réunissant de nombreux scientifiques spécialistes de l’écotourisme, le symposium international de 2009 n’a pas échappé à ces tendances, renforcées par le contexte de crise, y compris dans le domaine du tourisme en 2009 (OMT).

La place de choix laissée aux grandes entreprises touristiques nord-américaines (Transat, Gap Adventures, Canadian Mountain Holidays, …) a démontré combien le concept de tourisme durable était polysémique et mouvant.

Le paradigme du tourisme durable s’est donc puissamment recentré sur le volet économique au détriment du volet social, culturel et environnemental.

Certaines interventions se sont apparentées à une grande messe du greenwashing.

Des entreprises spécialisées dans l’héliportage des skieurs en montagne on été citées en exemple de bonnes pratiques parce qu’elles n’endommageaient pas le couvert végétal !

Tandis que Bruce Poon Tip, PDG de Gap Adventure, leader nord américain du tourisme d’aventure, expliquait sans complexe, au cours d’un show à l’américaine, que les trois piliers du développement durable étaient Profit, Planet et People, les trois « P » !

Bien sûr, on peut penser que le but de cette approche était de motiver les entreprises à s’engager sur les chemins du tourisme durable, en mettant en évidence d’une part que le tourisme durable était un segment de marché en développement dans un contexte de crise, et d’autre part que si l’objectif est de réduire l’incidence du tourisme sur l’environnement, c’est le tourisme de masse qui doit devenir plus durable, selon Richard Butler, spécialiste du tourisme international.

Cependant, on peut se demander si nous ne courrons pas le risque de souffrir d’un « parasitage » des références actuelles par d’autres prestations, qui n’ont de durable que le nom et qu’une approche essentiellement économique.

Robet Fidenti, président de l’institut du développement durable s’était d’ailleurs positionné en ce sens : « Prenons garde, si le concept de développement durable est galvaudé et n’est qu’un gadget supplémentaire pour des campagnes publicitaires, l’efficacité attendue de la démarche sera perdue. » . Et M. Frangialli, ancien secrétaire de l’Organisation Mondiale du Tourisme, a rappelé au cours des questions relatives à son discours que nombres de Pays adhérents utilisent abusivement le terme de tourisme durable ou écotourisme à des fins commerciales.

Il semble, plus que jamais, indispensable d’évaluer les pratiques des opérateurs pour améliorer la lisibilité pour les consommateurs.

Parallèlement à cela, les interventions de certains scientifiques ont démontré l’urgence de la situation.

Jean-Paul Ceron, par exemple, a brillamment expliqué que le changement des pratiques devait être radical en ce qui concerne les gaz à effet de serre dont les déplacements touristiques sont responsables à hauteur de 5% au niveau mondial.

La mise en place d’une carte de crédit carbone personnelle, qui permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 85% à l’horizon 2030, a été évoquée .

Louis Jolin, président du Bureau International du Tourisme Social, a, quant à lui rappelé combien il était important que les populations locales soient parties prenantes du développement du tourisme sur leur territoire, en se l’appropriant, y compris politiquement.

La gouvernance participative semble être une condition sine qua non d’un projet écotouristique.

Il a été rejoint en ce sens par Butler : le Développement Durable permet d’atteindre un «triple bénéfice», soit économique, environnemental et social.

Mais en réalité, il en existe un quatrième qui doit être pris en considération, le bénéfice politique. Les communautés qui se dotent d’une vision à long terme ont plus de chance de maximiser les bénéfices réalisés par le Développement Durable.

Cependant, cette vision peut parfois être très difficile à atteindre, car les politiciens opèrent généralement sur un cycle de deux à cinq ans tandis que les médias ont, dans la plupart des cas, un cycle d’intérêt d’un à trois jours.

Michel Archambault, universitaire Québécois, a déclaré qu’après la mondialisation, nous entrons dans l’ère de la déglobalisation.

Nous passons d’un monde d’homogénéité à un monde de spécificité. Cette notion de spécificité, voire d’authenticité a été développée par plusieurs intervenants qui voyaient là une des attentes des consommateurs.

D’autres initiatives comme le tourisme autochtone, ou les coopératives touristiques, bien que très intéressantes sur le plan de la spécificité et de l’authenticité, ont été fort peu représentées au sein du symposium, souvent au mieux reléguées dans les ateliers de travail.

 

Les pratiques des macro-entreprises ont donc été très valorisées, alors que des expériences à l’échelle des territoires qui semblent répondre aux attentes des voyageurs, beaucoup moins.

En fait à y regarder de plus près, le ministère du tourisme avait confié l’organisation de l’évènement à l’université de Québec. C’est donc cette dernière qui est à l’origine du choix des intervenants. Selon quels critères ?

De la même manière, en France , ce sont rarement les véritables experts indépendants que l’on sollicite.

 

Sylvain Salamero, pour V.V.E

  

 

 

 

Autres infos sur:

Réseau de veille en tourisme, Chaire de tourisme Transat,
École des sciences de la gestion, UQAM
www.veilletourisme.ca

 

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