« Tourisme Durable, Tourisme Responsable, qui a dit confusion? » article paru dans la revue Source de juillet 2008

ARTICLE PARU DANS LA REVUE SOURCE NUMÉRO 96 DE JUILLET 2008. 

 

Même sur les ondes, et aux heures de grande écoute, on commence à parler de tourisme responsable ou durable. Pour qui s’intéresse à un tourisme véritablement alternatif, c’est plutôt une bonne nouvelle.

 

Cependant, la confusion que génère l’information relative à ces notions nuit gravement à leur compréhension, d’autant que la plupart des structures ou personnes qui communiquent sur ce sujet commercialisent eux-mêmes des voyages.

Pour que les choses soient un peu plus lisibles, disons que le tourisme alternatif englobe quatre composantes principales.

  • Le tourisme solidaire et le tourisme équitable, deux notions assez proches d’aide au développement de communautés, de partenariats développés selon des principes de transparence et d’équité, et de participation à des microprojets d’ordre solidaire ou humanitaire.
    Deux composantes bien représentées, par l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme), et son émanation : l’ATES (Associations de Tourisme Équitable et Solidaire).

  • L’écotourisme, notion ancienne de tourisme effectué dans des zones protégées : Parcs nationaux, Parcs naturels régionaux, réserves, zones vierges… Aux représentants constitutionnels que l’on entend peu en dehors de leurs aires d’attribution.

  • Le tourisme responsable, largement diffusé par ATR (Agir pour un Tourisme Responsable), mais auquel se réfèrent également des opérateurs n’adhérant pas aux principes de cette association, composée exclusivement de voyagistes, et qui vient en quelque sorte d’auto-labelliser ses adhérents.

Certains parlent de plus en plus ouvertement de tourisme durable, autre notion complexe, qui sous-tendrait que notre civilisation se trouve dans une configuration de durabilité, et que les voyages en question y participeraient. Or l’empreinte écologique des pays industrialisés, émetteurs de la quasi-totalité des voyageurs, est de trois à onze fois supérieure à ce que pourrait supporter la planète !

Alors, Tourisme solidaire, équitable, responsable ou écotourisme ?
Si l’on considère que les deux premières composantes représentent à ce jour moins de 10 000 voyageurs par an en France, et la troisième environ 150 000, pour 8 millions de touristes qui partent à l’étranger et près de 80 millions qui viennent visiter notre pays, l’on se rend un peu mieux compte de la toute petite goutte d’eau que ces tendances représentent dans le vase Tourisme International.

Et de la disproportion existant entre le poids économique et social de ces nouvelles façons de voyager et la quantité d’informations relayées par les médias sur le sujet.

Enfin notons que les aspects environnementaux et macroéconomiques, deux notions essentielles au tourisme durable ne figurent pas dans les préoccupations premières des organisations qui s’adonnent au tourisme solidaire ou équitable.

L’écotourisme attire de plus en plus de voyageurs potentiels, mais il existe dans ce domaine un déficit de communication, et une difficulté à identifier les opérateurs orientés vers cette tendance. Beaucoup d’écotouristes s’auto-organisent, oubliant souvent au passage que les émanations de CO2 émises sont largement dues au tourisme individuel et au transport (75% des émissions dans les stations de montagne). Et que par conséquent, ils y contribuent très largement tout en préservant leur bonne conscience.
Quant à ceux qui préfèrent partir avec un voyagiste, ils utilisent pour la plupart les services des opérateurs dits d’aventure. Et là la tâche n’est pas simple ! Comment s’y retrouver dans cette offre pléthorique de voyages dits responsables ?

On assiste actuellement de manière insidieuse au développement d’un raisonnement qui consiste à dire que puisqu’un label existe, il est forcément préférable de choisir l’un des opérateurs labellisés.
Ainsi, le magazine d’Alternatives Economiques « Le tourisme autrement », dans son étude des principaux voyagistes, recense-t-il de manière quasi-exclusive les opérateurs appartenant aux deux Associations déjà nommées : ATR et ATES.
Et de concert, les associations impliquées dans le tourisme solidaire, équitable ou responsable, relayent l’information via leurs sites Internet. Des voyagistes sont labellisés !
Mais qui a pris le temps de lire, et d’étudier les critères qui ont prévalu à cette labellisation, ou plutôt certification (l’erreur concernant la terminologie employée n’est peut-être pas aussi anodine qu’il y parait) ?
L’association des Voyageurs et voyagistes éco-responsables l’a fait, et ses conclusions sont loin de rejoindre ce bel enthousiasme unanime : http://blog.voyages-eco-responsables.org/.

Il existe un peu partout en France des acteurs de terrain, ancrés sur leur territoire, qui œuvrent en toute méconnaissance du grand public à fournir une offre touristique alternative, sans véritable moyen de fédérer ces énergies.

La plupart des accompagnateurs en montagne, et guides, des brevetés d’État des sports d’eau vive, de l’escalade, du ski, de la spéléo sont sensibilisés à l’environnement naturel et social de leur région, et agissent au quotidien pour que leurs activités se déroulent dans des conditions qui n’obèrent pas le futur.

Un nombre important d’accompagnateurs et de guides disposent d’une habilitation qui leur permet de commercialiser leur offre sous forme de tout compris. Véritables artisans du voyage, ils ont développé des relations privilégiées avec des partenaires, en intégrant depuis longtemps les notions de préservation de l’environnement, d’aide au développement, d’équité et de juste rémunération.

Certains se sont regroupés pour créer des voyagistes de taille artisanale, adhérant à ces principes par conviction, et non par souci d’attirer un nombre toujours croissant de clients.
Les employés des Parcs nationaux, les acteurs des Parcs naturels régionaux agissent au quotidien pour la préservation de notre patrimoine, naturel, bâti et humain.
Les véritables maîtres d’œuvre d’un tourisme alternatif existent depuis longtemps déjà !
Seul fait défaut leur aptitude à la communication !

Mais ce qui manque cruellement, c’est également une conscience éco-responsable du consommateur de voyages.

Il s’agit avant tout que le voyageur devienne lui-même responsable des conséquences sociales et environnementales de son acte d’achat, plutôt que de sous-traiter sa bonne conscience à un organisme labellisé !

Le Green Passport édité par le PNUE : www.unep.fr/greenpassport/ – 2k va en ce sens, et c’est en cela qu’il convient de saluer sa parution, de même que la charte des voyageurs éco-responsables© élaborée par l’association V.V.E (Voyageurs et Voyagistes éco-responsables).

L’un des challenges du tourisme responsable serait de veiller à ne pas concentrer toute la demande sur quelques opérateurs, souvent les plus gros déjà, par des mécanismes, qui, utilisés par les guides de voyages, ont conduit à des situations notoires de surfréquentation de certains lieux touristiques.

Jean-Pierre Lamic, président de l’association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables et auteur de Tourisme durable, utopie ou réalité ? Aux éditions L’Harmattan, avril 2008

 

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