Quand la Mauritanie fut abandonnée par Point Afrique

Le 29 septembre circulait dans le Landerneau des voyagistes d’aventure une étonnante nouvelle : Point Afrique décidait de supprimer la ligne Paris/Atar.Ceci, après la sortie des catalogues des agences de voyage, lesquelles avaient calé leurs programmations et pré réservé des places sur ce vol ; le tout à moins d’un mois du début de la saison (Toussaint) !

Extrait du texte qui l’annonça :

« … Les causes sont multiples, la principale raison est notre connaissance du degré d’insécurité… Le terrorisme gagne du terrain dans certains pays sahariens, alors qu’en Algérie la situation s’améliore et seules quelques poches bien définies subsistent.

En Mauritanie

-L’acte barbare de Tourine la semaine passée, la décapitation et lacération à l’arme blanche de 12 hommes.

-La nouvelle incertitude politique suite au coup d’état militaire du 6 Août dernier, la condamnation de toutes les institutions internationales (France, Europe, États-unis et même l’Union Africaine).

-Les stratégies mauritaniennes de la politique de relance touristique et l’agressivité de certains professionnels réceptifs.

-Les menaces d’Al Qaïda Maghreb dans un pays où tout devient possible. ».

En résumé ce texte joue sur l’activation irrationnelle des peurs afin de dissuader tout un chacun de se rendre en Mauritanie, phénomène que la plupart des acteurs du tourisme connaissent bien, et qui est à l’origine de l’abandon massif et soudain du tourisme dans bien des territoires.

Un petit historique :

Point Afrique a construit son offre de destinations africaines sur les cendres d’Air Afrique, dont Maurice Freund, le créateur et président, était conseiller technique…

À la fois voyagiste et affréteur, il a amorcé son implantation sur l’axe direct vers Atar, à partir de décembre 1996, alors qu’auparavant les randonneurs qui visitaient l’Adrar de Mauritanie transitaient par Nouakchott, la capitale.

S’ensuivit un essor rapide.

Quelques années plus tard, un second opérateur, Go Voyage, mettait en place des rotations sur le même axe, bénéficiant des antagonismes entre Point Afrique et la plupart des Tour-opérateurs français importants du secteur, tandis que le sud algérien subissait de nouveaux soubresauts.

Antagonismes illustrés par l’annonce faite par Atalante de ne pas utiliser le vol direct sur Atar lors de sa création.

Antagonismes liés à la politique tarifaire très agressive de Point Afrique, à la fois Tour-opérateur (avec l’organisation de prestations terrestres) et avionneur (contrôlant les prix de vente des billets pour ses propres clients, et pour les autres voyagistes).

Les opérateurs touristiques souhaitaient, pour la plupart déjà, s’exonérer de leur collaboration avec le Point Afrique. Nous avions d’ailleurs pu constater à l’époque que les prix proposés par Point Afrique avaient une incidence directe sur les rémunérations de leurs chameliers et chauffeurs.

En décembre 2007, après la mort de 4 Français en Mauritanie, et l’annulation du Paris-Dakar, le Point Afrique annonçait qu’il maintenait sa programmation pour la destination Mauritanie aux côtés d’autres opérateurs comme La Balaguère, Hommes et Montagnes, Les Matins du Monde…, tandis que le groupe VDM (Voyageurs du Monde) se désengageait à grand renfort de médiatisation, créant un malaise au sein d’ATR (Agir pour le Tourisme responsable), qui suivit finalement cette même option.

Durant l’été 2008, était faite l’annonce que la Somasert, entreprise mauritanienne, alliée à Transavia, créait une liaison hebdomadaire sur Atar, avec 28 rotations prévues pour l’hiver 2008-2009, pour un coût 30% moindre à celui que prévoyait Point Afrique.

L’annonce du retrait de Point Afrique a généré un tollé général en Mauritanie et auprès des amis naturels des mauritaniens (guides, ONG, voyagistes encore en phase avec le terrain…), suite aux raisons invoquées par Maurice Freund, d’autant qu’elles faisaient écho à des déclarations de Jean-François Rial du groupe VDM, allant dans le même sens.

Les deux personnages sont quelque peu revenus sur leurs propos face à la belle unanimité qu’ils étaient en train de créer à leur endroit, aussi bien en Mauritanie que dans les milieux du tourisme responsable.

Qu’est-ce qui a piqué Maurice Freund, d’invoquer aussi maladroitement des causes sécuritaires ?

Ce qu’en pense V.V.E :

Point Afrique, qui communique sur ses actions de désenclavement et de développement de communautés démunies grâce à ses activités touristiques, n’hésite pas à solliciter auprès de gouvernements des Pays les Moins avancés, l’octroi de subventions !

Le voyageur coopératif du Point Afrique devrait avoir quelques raisons de s’étonner !

Nous savons aussi de longue date que Point Afrique parvient à proposer des prix relativement attractifs sur certains axes touristiques, en surévaluant ses tarifs vers et depuis les capitales de la sous région, dont les vols sont remplis pour large partie par la clientèle dite ethnique ; laquelle subventionnant en quelque sorte les vacances des classes moyennes des pays développés !

Concernant l’abandon des vols à destination d’Atar, Point Afrique pouvait parfaitement se retirer de la Mauritanie, en se cantonnant à des déclarations relevant de l’économique, arguments parfaitement crédibles et acceptables. Position que M Maurice Freund défend aujourd’hui, mais un peu tard… Le mal étant déjà fait.

Personne ne pouvait, en effet justifier cette politique de terre brûlée, ou ce « Après moi le déluge » qui caractérise l’annonce faite le 29 septembre dernier.

Il semble bien que la décennie de quasi monopole des vols Point Afrique sur Atar, était liée à des aides directes ou indirectes, et que le souhait émis par le gouvernement Mauritanien de supprimer ces aides pour les allouer à d’autres priorités soit à l’origine du problème.

On en vient à penser que les 372 000 € de pertes de la saison 2006/2007 engendrées par le maintient de la ligne jusqu’à la fin de la saison, annoncé comme soutien solidaire à une Mauritanie frappée par la conséquence de l’assassinant d’Aleg en décembre 2007, étaient peu de chose en regard des avantages financiers renouvelés chaque année à travailler en Mauritanie.

Notons de plus que ce type de développement touristique ne s’inscrit pas dans un schéma de développement économique du pays d’accueil, d’une politique souhaitée et maîtrisée par le pays visité.

La création d’un axe chartérisé, saisonnier, vers un point précis et unique d’un territoire, correspond à un formatage touristique (le produit 8 jours à coûts minimums).

Il est créé par des acteurs du Nord (le marché émetteur), pour des consommateurs du Nord.

Le développement d’un tourisme durable, passe t-il par l’exploitation d’un territoire jusqu’à l’overdose (on a vu s’ériger plus de 50 auberges à Chinguetti), et une mise en concurrence exacerbée entre les opérateurs locaux ?

La mise en place d’un tourisme responsable passe t-il par la dépendance quasi-absolue à une mono industrie touristique d’une très petite part de la population d’un pays ?

Un tourisme diffus, irriguant des territoires plus vastes, permet de multiplier les leviers économiques sans créer de dépendance totale à une activité par nature volatile, et en général très peu maîtrisée par les populations locales.

La liaison directe France/Atar a asséché d’autres régions de Mauritanie qui commençaient à voir arriver quelques touristes (le Tagant par exemple), et suspendu dans son élan le développement d’une chaîne d’infrastructures adaptées et de bonne qualité à Nouakchott.

Quand le Point Afrique chante les bienfaits du désenclavement, il oublie ces autres réalités, bien plus prégnantes que l’élévation du niveau de vie de quelques dizaines de famille d’une même région.

Dès lors, nous pensons que les discours sur le tourisme éthique, durable, etc. n’a pas sa place dans la communication de ce type d’opérateurs.

À cet égard, l’éditorial de la brochure 2008 -2009 de Point Afrique est particulièrement choquant.

Reprenant, en partie seulement les termes de la lettre du 29 septembre, il occulte une large part de la problématique (cela s’appelle de la désinformation), et tente d’orienter la clientèle potentielle vers l’Algérie au moyen d’arguments fallacieux. Comble de malchance, la destination de substitution choisie, Ghardaïa, vient d’être frappée par de graves inondations.

Comment peut-on abandonner en rase campagne, juste avant la saison les acteurs locaux, qui ont préparé la saison, investi, après une saison 2007/2008 déjà calamiteuse ? Qui plus est en invoquant des raisons blessantes et déplacées à l’égard du pays en question. Est-ce un comportement éthique ?

Il peut être de bonne guerre économique de faire des crocs-en-jambe à ses concurrents/partenaires européens, mais cette pratique ne participe pas à la durabilité des nouveaux équilibres économiques induits localement par le tourisme.

Cet épisode illustre une fois de plus le fait que la notion de tourisme durable qui repose sur la compréhension d’un territoire est bafouée un peu partout sur la planète au gré des intérêts mercantiles des opérateurs privés.

De plus, il met en lumière l’urgence d’établir un fonds de solidarité pour les pays dont l’activité touristique se trouve sinistrée par des faits divers relatés dans les médias, agissant sur les peurs rationnelles ou pas (l’une des principales revendications portées par V.V.E).

Mais n’est-il pas aussi évident qu’un tel fonds permettrait d’éviter qu’un seul opérateur puisse tenter à lui seul de saborder l’activité touristique de tout un pays !

Quant à la saison qui s’annonce, il reste à espérer qu’elle permettra une prise de conscience de l’ensemble des acteurs pour un développement harmonieux de la destination Mauritanie, pas seulement basé sur des rotations de vols charter à bas prix, de quelque nature qu’ils soient. Et que le peuple mauritanien puisse, autant que faire se peut, bénéficier des retombées de la manne induite.

Oui, le tourisme durable reste bien à inventer, en Mauritanie, comme ailleurs…

Pascal Lluch et Jean-Pierre Lamic pour V.V.E

Pour en savoir plus sur la situation actuelle en Mauritanie :
http://voyager.hommes-et-montagnes.fr/?p=97

Pour en savoir plus :

http://www.tourmag.com/Mauritanie-y-aller-ou-pas-le-torchon-brule-entre-voyagistes-!_a23671.html

http://www.tourmag.com/Le-receptif-Somasert-avec-Transavia-sur-Paris-Atar-Mauritanie-l-hiver-prochain_a27106.html

http://www.sosabbere.org/spip.php?article5410

http://www.avomm.com/Point-Afrique-quitte-la-Mauritanie-Apres-moi,-le-deluge-!_a6258.html

http://www.vacancespratiques.net/La-Mauritanie-abandonnee_a11185.html

http://www.quotidiendutourisme.com/site/production-mauritanie-voyageurs-du-monde-ne-veut-pas-de-transavia–33559.html

Réaction d’un opérateur mauritanien, lue sur le site (02/10/2008)

http://www.vacancespratiques.net/forum-La-Mauritanie-abandonnee_m59344.html

http://www.cridem.org/index.php?id=82&no_cache=1&tx_ttnews%5btt_news%5d=22944&tx_ttnews%5bbackPid%5d=36&cHash=38cccc052f

http://www.cridem.org/index.php?id=82&no_cache=1&tx_ttnews%5btt_news%5d=23951&tx_ttnews%5bbackPid%5d=36&cHash=20fb1e8b84

http://www.quotidiendutourisme.com/site/production-mauritanie-voyageurs-du-monde-ne-veut-pas-de-transavia–33559.htmltrès bons commentaires des blogueurs !!!

 

Article écrit par Pascal Lluch et Jean-Pierre Lamic pour V.V.E. 

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Commentaires : 1
  • #1

    AVIS DE RECRUTEMENT (mercredi, 24 mai 2017 14:00)

    Bonjour !!!
    Cadres et Jeunes diplômés Bienvenus,
    CE MESSAGE VOUS A ÉTÉ ADRESSE PAR L'AGENCE D'INFORMATION DE
    CITOYENNETE DE L’IMMIGRATION AU CANADA , le ministère des affaires
    étrangère , et la Direction du service CITOYENNETE DE L’IMMIGRATION
    AU
    CANADA vient de vous informe sur son
    éventuel recrutement de personnels pouvant travaillez dans tous les
    secteurs techniques et professionnels de sa société. le présent
    programme prend naissance et se veut un moteur évident pour la lutte
    contre la pauvreté et la promotion de l'intégration réelle de
    l'Afrique
    dans le programme de mondialisation et d'ouverture du territoire
    CANADIEN aux étrangers.
    Lors de notre dernière réunion, le conseil administratif a décide d’
    offrir cette opportunité a plusieurs personnes sans distinction de
    race, de nationalité et ni de sexe.
    CONDITIONS D'EMBAUCHE
    1-Avoir entre 18 et 58 ans au plus.
    2-Être de bonne moralité.
    3-Être disponible à voyager .
    4- Avoir une maîtrise de l'outil informatique.
    5-Savoir bien parler le français si possible l'Anglais
    6-Être titulaire du CEP,BEPC, BAC ou autre diplôme professionnel
    N'ayez pas crainte car un groupe est envoyé en Afrique après le
    conseil
    administratif pour s'occuper du recrutement.

    PS: Pour plus d'informations et le retrait du formulaire, veuillez
    nous
    envoyer
    Vos coordonnées
    Nom :.........
    Prénoms :...........
    Pays :..........
    Profession :............
    Âge :............
    Téléphone :............

    À l'e-mail: directionciccanada001@gmail.com

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