Article du journal de Saint Ouen: Qu’est ce qu’un voyageur éco-responsable?

ARTICLE ÉCRIT PAR EMILIE MARSAUD,

PARU DANS LE JOURNAL MUNICIPAL « A SAINT OUEN » NUMÉRO 68

 

3 questions à Céline, éco-voyageuse

Après la lecture de l’ouvrage « Tourisme durable : utopie ou réalité ? » du baroudeur et auteur Jean-Pierre Lamic, la jeune femme audonienne soucieuse de l’avenir de sa planète a décidé de troquer son tour du monde en quarante cinq avions pour un voyage plus « éco-responsable ».

1. Comment voyagez-vous désormais (moyens de transports, modes d’hébergement, relation avec la population de la région ou du pays dans lequel vous voyagez)? (ou  A quoi ressemble votre prochain voyage ou celui qui vient de passer?) Estimez-vous qu’il soit 100% « éco responsable » ?

Désormais, il convient de repenser ses modes de comportements en voyage, ceci afin de préserver les régions encore sauvegardées tant d’un point de vue social qu’environnemental. Mais c’est surtout la tendance des multiples voyages à courte durée qu’il faudrait pouvoir inverser en voyageant plus longtemps, moins souvent. C’est ce que j’ai décidé de m’appliquer à moi-même. Au final, cette façon de voyager autrement permet de gagner sur de nombreux tableaux. Prendre son temps ne représente-t-il pas un comportement à retrouver, à minima le temps des vacances ?

Loger chez l’habitant, rencontrer, flâner, prendre le temps des échanges nous replonge quelques décennies en arrière, du temps de la soupe prise en commun autour d’une bonne tablée, des soirées passées à discuter et des veillées. Ainsi il devient plus aisé de participer directement à ce que les populations d’accueil retirent directement bénéfice de votre présence, pas du seul point de vue pécuniaire, mais également lors des échanges qui s’ensuivent et d’une convivialité interculturelle.

À l’heure d’Internet et de la télévision, à quoi cela sert-il de vouloir tout voir en en seul voyage, comme les longues listes des sites « à voir » inscrites dans les guides de voyages nous incitent à le faire ?

Privilégier les sensations, les impressions m’apporte beaucoup plus. Utiliser des modes de transport alternatifs fait également partie des plaisirs du voyage. Réapprendre à bâter un âne pour le transport des bagages, longer une rive à bord d’un canoë sans perturber la quiétude des lieux, marcher et pouvoir s’arrêter là où l’intérêt vous le dicte, glisser en silence sur la neige, voir défiler le paysage depuis un train de campagne, ouïr le bruit du vent dans une voile… Ce sont-là bien des plaisirs à vivre et partager, notamment avec ses enfants, lors de ses vacances.

Je viens de rentrer d’un petit périple dans les Cévennes où je suis descendue en train via Nîmes et Ales. De là, je me suis rendue quelques kilomètres plus loin pour louer les services d’un âne afin de transporter mes bagages de gîte d’étape en chambres d’hôtes. Et puis j’ai marché… J’ai découvert des rivières translucides au bord desquelles je pique-niquais et pouvais me rafraîchir dans les gourds si nombreux qu’ils créent une multitude de piscines naturelles toutes différentes les unes des autres.

J’ai randonné sous terre dans les grottes de Trabuc, non pas dans la partie aménagée, mais dans cette vaste salle laissée à son état naturel creusée dans la falaise par des eaux millénaires.

J’ai goûté des saveurs sauvages dans les pots de confiture que m’offraient mes hôtes, et découvert le pain fait à la farine de châtaigne, bien plus riche que les farines industrielles d’aujourd’hui.

J’ai rencontré des gens simples heureux de vivre là où ils étaient et de faire partager cette joie.

Des gens qui trouvent leur équilibre dans leur mode de vie. J’en ai retiré une énergie et une grande force, et quelques certitudes aussi…

Mon prochain voyage ressemblera à ce dernier, avec si possible encore plus de temps à y allouer.

Aucun voyage ne sera jamais à 100% éco-responsable dans le monde que l’on nous a construit, il ne s’agit pas d’être intégriste, mais simplement de réfléchir aux conséquences de son acte d’achat, aussi bien comme voyageur que consomm’acteur.

2. n’est-ce pas plus cher  qu’une semaine de vacances «tout compris » achetée sur internet? (last minute..)

Il est bien difficile de comparer en termes de prix des « produits » dont l’esprit se trouve aux antipodes.

D’un côté une proposition de vacances passives, où le seul attrait est la couleur du sable,  la taille du lit ou de celle de la piscine, et de l’autre une approche multi sensorielle et totalement active de mes loisirs. En ce qui me concerne, je m’ennuierais au bout de dix minutes dans ces « eldorado » déconnectés des lieux d’accueil que ces offres dissimulent. De plus, la sensation de ne participer en rien à l’économie locale créerait une gêne qui gâcherait une partie de mes vacances.

En revanche un voyage éco-responsable n’est pas par essence plus cher qu’un voyage classique. Tout dépend de ce qu’il comprend en termes de services. La seule différence étant que chacun de ces biens et services doit être payé à son juste prix, favorisant ainsi le pouvoir d’achat de l’ensemble des intervenants aussi bien dans les pays du Nord que du Sud, et la pérennité de l’activité économique générée.

Les offres à bas prix affichées en permanence finissent par s’imprimer dans l’esprit des consommateurs. Elles déprécient ainsi le coût réel des prestations et génèrent de manière insidieuse une standardisation de l’offre touristique dans son ensemble, tout en tirant sans cesse vers le bas la qualité des services proposés. Ni l’acheteur d’aujourd’hui, heureux de
n’avoir pas payé cher, ni les intervenants du Nord comme du Sud, ne tireront de bénéfices de telles pratiques sur le long terme…

3. Se sent-on vraiment en vacances lorsqu’on est un écovoyageur?

Il me semble que ce serait plutôt quand on n’est pas un voyageur éco-responsable que l’on peut difficilement se sentir totalement en vacances ! Toute forme de vacances, y compris le farniente dans un bel endroit est susceptible d’être transformée en séjour respectueux des populations d’accueil (rémunérations, échanges…) et de l’environnement.

4. Quelles seraient les répercutions pour la planète si tout le monde était éco-voyageur ?

À supposer que tout le monde voyage de manière responsable, nous assisterions à moins de tensions entre habitants des pays du Nord et ceux du Sud, et une meilleure répartition des profits liés à l’activité touristique.

Aujourd’hui, plus de 80% de ces profits reviennent dans des entreprises du Nord. Une meilleure répartition permettrait de lutter en partie contre la pauvreté dans certaines zones où le tourisme représente aujourd’hui l’une des seules alternatives économiques.  Bien entendu nous réduirions les émissions de Gaz à effet de serre, sans que cela suffise néanmoins à ce que
nos modes de vie actuels redeviennent durables ! Il reste tant d’autres modes de comportement à repenser totalement.

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