V.V.E.

Tourisme durable, tourisme responsable, écotourisme

Le juste prix des voyages - de Jean-Pierre Lamic et Pascal Lluch

Par Jean-Pierre Lamic • 9 jan, 2010 • Catégorie: Actualités, Voyages

Novembre 2008

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Article publié sur les 4 sites suivants:
Veille Info Tourisme
Le CRT Alsace
i-trekking
Alternative Channel

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Partant du postulat qu’en matière de voyages, seul le juste prix pourrait permettre de payer l’ensemble des intervenants (des pays du Nord comme du Sud) avec une rémunération juste, nous allons faire le point sur ce qui s’est passé depuis la fin de la première guerre du Golfe, plus particulièrement depuis 1992, mais aussi après l’an 2000.

Nous avons vu augmenter régulièrement les prix des denrées ou services de base :
Le tableau ci-dessous donne une idée de l’évolution des prix du pain, du litre de gasoil, et de l’eau.

Source INSEE
Source INSEE

Un touriste mange, se déplace (de plus en plus), et consomme de l’eau (en moyenne 300 litres par jour !).
En outre, ce qui a le plus augmenté en matière de voyage, ce sont les prestations aériennes, dès lors que la destination n’est pas livrée à une concurrence effrénée et proposée par les compagnies low-cost.
Le tableau suivant donne une idée de ce phénomène pour des destinations qui répondent à ces critères.

Prix budgétés dans des voyages à forfait des années mentionnées
Prix budgétés dans des voyages à forfait des années mentionnées

Tout laisse donc à penser que les prix des voyages ont augmenté depuis 1992. Or c’est fréquemment l’inverse qui s’est produit !
Comme le tableau le montre ci-dessous pour un voyage dans l’Adrar mauritanien, ils ont largement diminué entre 1997 et 2007.

Comparatif de prix de vente de séjours (francs transcrits en euros) entre 1997 et 2007 en Mauritanie chez Terres d’Aventure, sans prise en compte de l’inflation.
Comparatif de prix de vente de séjours (francs transcrits en euros) entre 1997 et 2007 en Mauritanie chez Terres d’Aventure, sans prise en compte de l’inflation.

Pourquoi, alors, observe-t-on une telle baisse, si les touristes mangent toujours les mêmes quantités de nourriture et se déplacent plus encore qu’auparavant ?

Le marché a suivi les évolutions suivantes :

  • Les vols charter mis en place en 1997 sur la Mauritanie ont concentré l’offre et la concurrence sur Atar, (et au passage les surfréquentations), et ont rendu plus improbable la possibilité de voyages alternatifs. L’offre s’est donc standardisée et appauvrie.
  • Cette concentration des itinéraires a eu pour effet la baisse des marges pour tenter de s’aligner sur les prix de l’opérateur voisin. Baisse des marges qui fragilise nombre d’opérateurs et tire inexorablement les salaires vers le bas.
  • À celle-ci s’est joint l’abandon quasi systématique des accompagnateurs français, pourtant seuls représentants du Tour-opérateur sur place, les plus à même de valider, décrire, vendre et modifier les itinéraires. Ils étaient en outre médiateurs, et acteurs des transferts bilatéraux de compétences.
  • Enfin, les frais de fonctionnement des agences, et plus particulièrement les salaires, ont été largement revus à la baisse, par l’emploi (souvent abusif) de stagiaires, et le recours à du personnel de moins en moins qualifié.

Cet autre tableau montre l’évolution des prix concernant divers voyages de l’agence Atalante entre 2000 et 2007.

Comparatif de prix de vente de séjours (francs transcrits en euros) entre 2000 et 2008 chez Atalante, sans prise en compte de l’inflation.
Comparatif de prix de vente de séjours (francs transcrits en euros) entre 2000 et 2008 chez Atalante, sans prise en compte de l’inflation.

L’exemple de l’Équateur est caractéristique : le pays a été dolarisé au début de cette période 2000-2008. Il a donc subi de fortes hausses de prix, dues au passage d’une monnaie faible à une autre plus forte, mais encore des taux d’inflation bien supérieurs à ceux que nous avons connus en Europe. Si en 2000, on pouvait dîner pour 2 dollars à Quito, il faut compter au moins 10 dollars aujourd’hui. Enfin les vols ont augmenté de manière notoire comme le montre le tableau concernant les prix de l’aérien.

En 2000, l’agence Atalante sous traitait ses séjours en Équateur à une agence locale britannique, bien connue pour tirer continuellement les prix vers le bas, et n’utilisait déjà plus les services d’accompagnateurs en montagne diplômés. En revanche, certains voyages proposant l’ascension de sommets (Chimborazo, Cotopaxi) étaient toujours encadrés par des guides de haute montagne, conformément aux obligations légales françaises.

C’était le cas du voyage de l’année 2000 qui sert d’exemple à ce tableau, et proposait un itinéraire très largement similaire à celui de 2008, mais sans guide IUAGM (c’est-à-dire reconnu par les instances internationales).

Il est donc aisé de comprendre ce qui s’est passé pour que les prix baissent de manière si conséquente : la suppression du guide français.

Quant aux voyages en Jordanie et dans le Sinaï, ils montrent que leurs prix n’ont absolument pas suivi le coût exponentiel des ingrédients qui constituent deux prestations pourtant identiques, puisqu’il s’agit des mêmes voyages.

En considérant l’inflation en France sur la période 2000-2008, ils coûtent eux aussi moins cher (16% d’augmentation des prix à la consommation de janvier 2001 à novembre 2008 - source Insee).

On comprend mieux l’ampleur du phénomène lorsqu’on sait, par exemple qu’un voyage de 8 jours dans le Sinaï par Rev Egypt coûtait 1099 € (francs transcrits en euros, sans prise en compte de l’inflation) en 1993. En 15 ans, ce voyage n’a pas augmenté !

Les raisons invoquées précédemment pour la Mauritanie, liées aux suppressions de compétences en interne, en sont la cause. Le transfert vers la sous-traitance d’une part toujours plus large des tâches (conception d’itinéraires, réalisations de devis…), qui étaient réalisées préalablement en agence (une forme de délocalisation, souvent bénévole), représente une autre partie importante des gains obtenus sur les coûts.

Certains regroupements, et rachats de sociétés ont permis la mise en commun de services aériens ou la rationalisation de systèmes informatiques, et favorisé une politique d’allotements à tarifs préférentiels (réservations préalables de masse).

Des emplois faiblement rémunérés, des frais de reconnaissance de terrain devenus nuls, et des co-productions de séjours, complètent la palette de l’ensemble des économies d’échelle réalisées.

Pour conclure sur ce chapitre voici les prix des voyages Allibert au Népal :

Evolution des prix des voyages Allibert au Népal en €
Prix mentionnés dans les catalogues des années concernées (francs transcrits en euros) entre 2000 et 2008 sans prise en compte de l’inflation.

Comparons maintenant ces courbes décroissantes avec celles des revenus :

Source Insee
Source Insee

Inversement, il est alors possible de constater que les revenus ont augmenté. Certes, moins rapidement pour les Smicards que les plombiers ! Mais tout de même ! Rapporté aux prix actuels des forfaits touristiques, le pouvoir d’achat en matière de voyages en tout compris s’est largement accru !

Pour les employés du secteur touristique, il est pourtant notoire de constater que le Smic général rattrape le Salaire minimum par niveau des employés du secteur. Les 2 courbes se sont même télescopées lors du passage aux 35 heures pour les 4 catégories inférieures. Ce qui signifie que seuls les employés de niveau V, techniciens ou agents de maîtrise, ont vu leur salaire minimum se maintenir au dessus du SMIC !

Sources Insee, et SNAV
Sources Insee, et SNAV

Qu’en conclure ?

V.V.E tire la sonnette d’alarme depuis sa création.

La standardisation qui découle de la tendance déflationniste des voyages nuit gravement à l’industrie touristique par la qualité qui s’amenuise, et les recours devenus improbables pour cause de sous-traitance.

Le pouvoir d’achat, lui a augmenté. En fait, nous avons assisté à une baisse nette du prix des voyages, dont une partie du prix est calculé (en général au moins les 2/3) avec des salaires du Nord.

La croissance du secteur, qui s’est industrialisé, a été portée par la mise à disposition pour les consommateurs d’un produit qui coûtait de moins en moins cher ; aujourd’hui la boucle est bouclée ! Mais cette logique ne vaut que pour une croissance exponentielle qui commence à faire défaut aujourd’hui et n’est pas souhaitable, puisque non viable, pour demain.

La baisse des marges, pour être supportable (sur le court terme uniquement), ne peut être compensée que par l’augmentation du volume d’activité…

Les mécanismes décrits ci-dessus génèrent frustrations et démobilisations, aussi bien parmi les partenaires locaux, qu’au sein des équipes des voyagistes constituées de collaborateurs français.

Les prix tirés vers le bas sont incompatibles avec les valeurs intrinsèques de tourisme responsable que nous prônons.

Le juste prix, lié à la transparence, et à une juste affectation des dépenses, constitue par conséquent l’un de  éléments déterminant l’acceptation des voyagistes au sein de V.V.E.

Quant aux offres de voyages à bas prix qui fleurissent partout, des murs de nos villes aux sous sols des métros, jusque sur Internet, il convient de rappeler les points suivants :

Seuls les invendus peuvent être bradés : places dans un avion, sur un bateau de croisière, dans une chambres d’hôtel…

Rappeler inlassablement que le prix de ces invendus ne représente en rien la valeur intrinsèque des voyages proposés, et que si elles ne sont pas encadrées, ces pratiques finiront par déstabiliser totalement le marché, est un axe fort de la mobilisation de V.V.E.

Obliger ces vendeurs de « places vides » à dire qu’ils commercialisent des invendus, et pas des produits touristiques (ce que l’on appelle communément des voyages à forfait), représente l’une de nos revendications majeures.

Que le MT (ministère du tourisme) puisse nous entendre…

Il serait opportun également que le Syndicat National des Agents de Voyage (SNAV), mette un peu d’ordre dans ces pratiques qui discréditent le travail d’une partie des professionnels du tourisme, notamment de ceux qui souhaitent proposer un tourisme alternatif.

Leur rappeler que la demande provenant des consommateurs est forte en ce domaine, nous semble important.

Et d’implorer le voyageur qui se veut responsable !

Rapportez-vous à la charte des voyagistes éco-responsables, pour qu’avant de réserver un voyage, vous puissiez poser les bonnes questions !

Soyez-en certain, un prix trop bas cache toujours un vrai choix, dont la motivation n’a rien d’éthique !

Merci de cliquer sur ce lien pour visualiser l’article en format pdf:

Le juste prix des voyages

Article paru sur le site Veille Info Tourisme du Ministère du Toursime:

www.veilleinfotourisme.fr

Ci-dessous quelques commentaires intéressants sur cet article.

À lire cet article traitant du même thème, vu depuis l’autre côté de l’Atlantique:

écrit par André Désiront sur le site canadien cyberpresse

http://www.cyberpresse.ca/voyages/200901/23/01-820367-le-juste-prix-dun-voyage-dans-le-sud.php

Marqué comme:

Jean-Pierre Lamic est Guide d'aventure depuis vingt-cinq ans, fondateur de l'Association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables, il a forgé ses connaissances sur la base d'expériences de terrain, et d'études réalisées conjointement (Tourisme développement local et relations interculturelles). Il a vécu à Cuba, au Mexique, au Maroc, en Turquie en Grèce, en Sicile, en Corse, dans les Cévennes et dans les Alpes... Il est l'auteur de l'ouvrage intitulé : " Tourisme durable, utopie ou réalité ? ", paru aux éditions L'Harmattan en avril 2008. Mais aussi membre des commissions trekking et écotourisme du Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne, et membre associé des JNE (Journalistes écrivains pour la Nature et l'Ecologie).
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3 Réponses »

  1. Super article et belle démonstration qui doit être largement diffusé. Il complète magistralement l’article paru sur Les moteurs de recherche qui alertait déjà sur les prix cassés des voyages invendus et le juste prix à payer.

    Sujet éminemment important :
    1. Pour les guides accompagnateurs et employés du secteur touristique, puisque leur avenir en dépend (pour ceux qui ont la chance de n’avoir pas encore été évincés à cause des ces pratiques devenues courantes).

    2. Pour les voyagistes responsables et Eco-responsables qui adhèrent aux idées et objectifs défendus par V.V.E et qui doivent expliquer et démontrer à une clientèle de plus en plus exigeante et désinformée, pourquoi il faut payer le juste prix,.si l’on veut pouvoir garder la juste prestation.

    3. Pour les voyageurs dont je fais partie.
    Il s’agit d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur et que je veux défendre pour qu’on arrête de nous prendre pour des “gogos “, en nous bernant avec un “bourrage de crâne ” très bien rodé qui abuse même les plus avertis.
    D’où l’urgence du décryptage effectué par V.V.E, et l’importance des informations claires apportées dans cet article pour s’y retrouver dans cette jungle de communication tout azimut et orchestrée de mains de maîtres.

    Aujourd’hui il est très mal vu d’augmenter le prix des services et des voyages en particulier (crise oblige…) si l’on veut continuer à vendre et à exister.
    Par contre à ma connaissance aucun de ces TO ne veut voir ses marges bénéficiaires diminuer et essaie même de les maintenir à tout prix (alors que le salaire de ses employés, lui, stagne lamentablement, et que le savoir disparaît), mais chut ….C’est pas politiquement correct !!!

    Il est parfaitement démontré dans cet article qu’il est indispensable d’offrir le “même emballage “qu’en 1997, avec le même prix (voire, encore mieux…, avec un prix inférieur !!!) pour rester compétitif sur le marché.
    Ainsi, les acheteurs et clients ont l’impression trompeuse de faire une bonne affaire, ce qui anesthésie leur pouvoir critique et fait que la plupart ne se posent même pas la question :
    Comment cela est il possible ? Comme si les miracles, ça existait !!!

    Dans le domaine alimentaire, cela a été bien compris, et une association de défense du consommateur a récemment dénoncé plusieurs fabricants peu scrupuleux qui avaient, sans changer l’emballage, réduit la taille des “Petits Lu”, en ayant soin de garder le même nombre par boîte. Un autre a remplacé l’extrait naturel de vanille par un arôme vanille au prix très inférieur !!!

    Revenons au secteur touristique qui nous concerne.
    Et bien c’est la même chose !
    En plus de tous les points cités par JP Lamic dans son étude (vols charter, suppression des guides français, emploi de stagiaires, etc …), je note une pratique sournoise, mais courante et facilement observable, qui se lit très bien sur les tableaux 2 et 3 de l’article.

    A savoir :

    On diminue le nombre de jours du circuit sans en changer le titre ni même parfois la référence.
    Bien sûr, un jour en moins ça peut paraître minime, mais cela se traduit par une nuit en moins, 2 repas en moins , un véhicule, un chauffeur et un guide local à rémunérer un jour de moins. Ceci multiplié par le nombre de participants au voyage et le nombre de départs dudit circuit…, voilà de l’argent facilement épargné, sans que personne ne s’en rende compte, d’où mon sentiment très désagréable d’être pris pour un “gogo”.

    Voici un exemple personnel, caractéristique de ce qui se passe depuis 15 ans, que je me permets de relater.
    J’ai fait en 1992 un superbe voyage de 22 jours intitulé : Les oasis de la Route de la Soie
    Prix du voyage : 3395 € (francs transcrits en euros)
    Ceci avec un TO, qui, à l’époque était de taille humaine et spécialiste de la destination.
    Depuis ce voyagiste a racheté des agences de tourisme d’aventure pour devenir un gros groupe à taille inhumaine.
    Dans le descriptif du circuit il y avait une rubrique points forts, bien en évidence, mentionnant la visite de Yarland et une nuit au bord du lac Karakul au pied du Muztagata.
    Je confirme, ce furent des moments très forts et inoubliables de ce beau voyage.

    Et bien : en 2008
    Le même circuit, (sur le papier…) intitulé, comme en 1992 : Les oasis de la Route de la Soie, figure toujours sur le catalogue.

    Mais :
    Le Prix du voyage est de : 3370 €
    - Pour16 jours (sans doute à la vitesse TGV !)
    - Avec un maximum de participants ayant évolué de 15 à 18 (cela permet de diminuer les coûts fixes en les répartissant sur un plus grand nombre de personnes)
    - Sans Yarland et la nuit au Karakul (mais avec aller-retour dans la journée)

    Il est plus facile de supprimer ces 2 points dans un voyage standardisé et sous traité, qui convient à un maximum de clients.
    Pourtant la visite de Yarland permettait aux habitants très pauvres de cette ancienne oasis de profiter un peu des voyages dans cette région où tout le monde reste concentré sur Kashgar, devenu un lieu de surfréquentation.
    À la place de la nuit sous la yourte ” au confort plus que rudimentaire ” et qui avait fait l’objet de mauvais retours clients (qui s’étaient probablement trompés de voyage …), le voyagiste offre une super nuit dans un hôtel chinois sans âme de Kashgar.

    Mais moi, je n’oublierai jamais le bonheur et l’émotion que j’ai ressentis le matin en sortant de la yourte avec ma brosse à dents, complètement gelée après une nuit presque sans sommeil, mais béate devant le paysage qui s’offrait à mes yeux au lever du soleil.

    Il ne m’est jamais, mais alors jamais, arrivé d’éprouver ce sentiment en rentrant dans la salle de bain d’un hôtel 5*, pour y prendre une douche bien chaude, malgré le marbre et les dorures…

    Ce voyagiste est maintenant certifié responsable par l’AFNOR. Il me semblait pourtant que voyager responsable était de voyager plus longtemps et moins souvent …
    Alors je crois que je n’ai pas encore tout compris…

    Corinne BAZIN

  2. Cher Jean Pierre Lamic,

    Votre démonstration a toutes les apparences d’une approche rigoureuse et scientifique….
    Elle gagnerait cependant à être moins partiale et plus rigoureuse.

    Par exemple, vous annoncez un prix Allibert, 2008, sur le Grand Tour des Annapurnas de 2095€. Il aurait été plus rigoureux de préciser que ce prix correspond à un départ, très basse saison (du 13 décembre au 4 janvier), à une époque où le coût aérien n’est en rien comparable aux prix pratiqués en pleine saison d’automne.
    Si on veut comparer avec le prix 2000, il aurait fallu prendre le prix moyen proposé à l’automne 2008 qui était de 2300 €. La nuance est de taille.

    Même remarque pour le circuit « Au Pied de l’Everest » . Le prix moyen était de 2545 € et non de 2395 €

    Plutôt que de comparer un prix 2008 (biaisé par ailleurs) avec un prix 2000, il aurait été beaucoup plus intéressant de regarder, avec objectivité, la dynamique des prix de 2000 à 2008. On observe alors une stagnation, voire une légères décroissance, de certains prix de 2003 à 2006, mais une croissance de ce prix de 2006 à 2008.

    Ainsi:
    - Au pied de L’Everest – départ du 30 septembre : 2495 € en 2008, 2245€ en 2006 (+11%)
    - Le Tour des Annapurnas – départ du 1° Octobre : 2295€ en 2008, 1995 € en 2006 (+15%)
    - etc.

    Ces variations s’expliquent par des motifs économiques tout à fait rationnels (ce ne sont pas des gros mots).

    - Augmentation des tarifs de 2006 à 2008 pour compenser l’augmentation des matières premières (essence, farine, riz, etc.) et des rémunérations dans les pays concernés.

    - Stagnation, voire décroissance de certains prix de 2000 à 2006, largement dues à :

    . Baisse du prix des coûts aériens sur certaines destinations (Népal, Inde, etc.) où la concurrence entre compagnies aériennes remplace les vieux monopoles.

    . Utilisation par les grandes agences d’achats anticipés (parfois 18 mois à l’avance) de sièges d’avion. Technique, hors de portée des petits opérateurs.

    . Utilisation des techniques d’affrètement, notamment sur les destinations Déserts : Atar, Djanet, etc. Avec une réelle prise de risque des “grandes agences”.

    . Possibilité d’obtenir de meilleurs coûts, non pas en diminuant la qualité, mais par le simple effet de volume. Un opérateur local avec 600 clients/an sera plus efficace avec ses propres véhicules, qu’un opérateur ayant 40 clients/an, à la merci d’un loueur de véhicules.

    . Remplacement, sur certaines destinations, des guides français par des guides locaux. Nous ne voyons, là aucun problème, dans la mesure où ces guides locaux sont qualifiés et apportent un service équivalent ou supérieur. Nous pensons même, qu’il s’agit d’une des conditions du développement durable du tourisme.

    Merci de noter que nous n’utilisons que des guides UIAGM en Haute montagne, français ou étrangers.

    . Efficacité interne (automatisation de l’administration, Internet, etc.) des grandes agences qui ont réduit leurs marges pour accroître le marché. Celles-ci ont baissé de près de 5 points en dix ans.

    . Information beaucoup plus pointue des clients, notamment au travers d’Internet, qui sont à la recherche des meilleurs prix.

    On peut ajouter aussi des causes, moins «rationnelles », liées à certaines agences qui ont fait un dumping forcené afin, croyaient-ils, d’éviter la dégringolade. Cela a précipité leur chute et leur rachat par des agences plus solides.

    Ainsi, plutôt que de dénoncer les grandes agences pour leur cupidité, leur mépris du bien être des populations locales, de prétendre « laver encore plus blanc », « être encore plus responsable que responsable », il me semble plus intéressant de regarder la réalité sans parti pris et d’essayer ensemble de faire évoluer les choses dans la bonne direction.

    Sans doute plus difficile, mais bien plus utile !

    A votre disposition donc pour faire avancer les choses, dans la transparence et le respect.

    Gérard Guerrier
    Allibert Montagnes et Déserts
    Directeur Général, Accompagnateur en Montagne

  3. Bonjour Monsieur Guerrier,

    Nous avons pris bonne note de vos remarques et avons lu avec attention les éléments d’information complémentaires sur les prix des voyages proposés par votre agence de trekking.
    Toutefois il nous semble important de rappeler que cet article, comme la plupart de ceux que nous diffusons de manière bénévole n’a pas vocation à vilipender qui que ce soit.
    Cet article a été rédigé avec pour objectif principal de faire prendre conscience au consommateur de voyages (à qui notre blog s’adresse en priorité), que seul le juste prix permettrait la juste rémunération des salariés du tourisme, secteur qui comporte un nombre important de précaires, saisonniers et stagiaires très faiblement rémunérés, dans le domaine du tourisme d’aventure, comme en montagne ou dans les zones les plus touristiques de notre pays.
    Vous devriez donc vous réjouir de sa parution et sa diffusion, puisqu’il fait œuvre de pédagogie envers le consommateur à qui il s’adresse. Sa parution en cette période de crise où la tentation est grande de privilégier le prix au détriment du savoir-faire (vous le dîtes vous-même), nous paraît primordiale, et devrait participer à la défense de la plu value qu’apportent les créateurs de voyages.

    Cette étude n’a pas pour prétention d’être une démonstration scientifique rigoureuse.
    Nous essayons simplement de montrer au moyen de quelques exemples, par quels mécanismes utilisés, les opérateurs de voyages sont parvenus à baisser les prix de leurs voyages de manière rationnelle ou pas, et dans quelles proportions.
    Les exemples pris au sein des agences d’aventure auraient pu l’être auprès d’opérateurs de tourisme classique. Ils auraient donné les mêmes résultats, soit une tendance générale vers le moindre coût.
    Il était plus aisé de se cantonner au secteur de l’aventure, puisque les rédacteurs de cet article se sont basés sur leurs propres archives pour retrouver certaines données.
    Cette étude a le mérite d’exister, et la critique est toujours plus aisée à pratiquer que l’action.
    Notre analyse ne concerne pas seulement la période 2000 - 2009, mais prend acte de ce qui s’est passé après la première guerre du Golfe, dès 1992.
    À cette époque, les gros Tour-opérateurs sont entrés dans une logique de vente d’invendus, de concurrence à outrance, et de baisse de la qualité dont l’un des premiers facteurs fut l’abandon du représentant (le médiateur) desdites agences.
    Je suis assez bien placé pour en parler, puisque j’en ai personnellement fait les frais.
    Ce n’est que plus tard, à partir de 1997, lorsqu’une agence que vous connaissez aussi bien que moi a décidé de ne plus envoyer de guide français sur le Kilimandjaro (mue non pas par un quelconque sentiment éthique, mais par la volonté d’être la moins chère), que cette logique s’est généralisée dans le domaine du tourisme d’aventure (j’en ai alors fait les frais une deuxième fois).
    Cet historique étant fait, puisque votre courrier m’est adressé personnellement, permettez-moi d’y répondre.
    Votre courrier, dans sa première partie, met en lumière le distinguo entre prix moyen et prix d’appel.
    Effectivement le prix d’appel fut une des inventions de ces 15 dernières années, qui a permis d’abaisser le prix catalogue de nombreux voyages (il est basé sur la formule : prix du voyage, à partir de…). Il n’est pas besoin de revenir sur ce point, le consommateur sait très bien de quoi il s’agit, puisque ces pratiques existent dans tous les domaines, pas seulement dans le secteur du tourisme.
    Tout le monde sait qu’à la date choisie, dans des conditions normales de départ, le prix d’appel est généralement majoré pour donner le prix moyen, celui, qui en général est facturé au client.
    Concernant l’augmentation des prix entre 2006 et 2008, je suis d’accord avec vous.
    Après 2006, la plupart des voyages n’étaient plus encadrés par des guides français, dont l’abandon avait permis les baisses que nous décrivons.
    Il est donc normal qu’après 2006, le prix des produits touristiques ait mieux suivi l’augmentation des prix des denrées et services qui composent un voyage et influent directement sur son coût final.
    Si vous relisez bien notre article, vous verrez également que « les motifs économiques tout à fait rationnels » dont vous parlez sont ceux-là même que nous décrivons dans cet article, au premier rang desquels figure l’utilisation par les grandes agences d’achats anticipés pour les places d’avion. Je vous invite à lire le chapitre de mon ouvrage « Tourisme durable, utopie ou réalité ? » qui décrit l’ensemble des situations que l’on trouve dans ce domaine, ainsi verrez-vous que je suis informé sur ces pratiques, et ai réfléchi aux conséquences sociales qu’elles induisent.
    Quant à la question de la suppression des guides français et leur remplacement par des guides locaux, pour la plupart non habilités à accompagner une clientèle française sur des massifs montagneux, elle pose véritablement problème.
    Problème que j’expose longuement dans mon ouvrage, de la page 70 à la page 82.
    Qu’avez-vous à opposer à cette argumentation largement développée et réfléchie ?
    Ce discours, déjà lu ou entendu maintes fois, qui se résume en quelques mots : « ces guides locaux sont qualifiés et apportent un service équivalent ou supérieur. Nous pensons même, qu’il s’agit d’une des conditions du développement durable du tourisme ».
    Nous sommes prêts à croire que ce que vous pensez est juste, à l’unique condition que cette affirmation soit l’objet d’une démonstration scientifique et rigoureuse, de ce type de démonstrations que vous appelez de vos vœux. Et que vous puissiez démontrer au passage, qu’en plus d’être une des conditions du développement durable, cette solution est tout simplement légale lorsqu’il s’agit de vendre à une clientèle française des voyages basés sur la marche à pied en montagne.
    Vous employez des guides IUAGM en haute montagne. Soit. Quid des accompagnateurs en montagne sur les massifs, et volcans du globe ?
    Alors pour ce qui est de faire avancer les choses dans la bonne direction, nous sommes certains d’y contribuer très largement par un débat, qui sans nous n’aurait sans doute jamais eu lieu, et par le truchement de nombreux partenariats.
    Dans quelques jours notre dossier de presse sera disponible.
    Il constituera la réponse la plus appropriée qui soit aux attaques formulées dans votre dernier paragraphe.
    Bien cordialement
    Jean-Pierre Lamic

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